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Réckgang vun der däitscher Industrie

Questions parlementaires Économie André Bauler

D'Medie mellen, dass déi däitsch Industrie ofhëlt an hir Exportatiounen zeréck ginn. Huet dat Auswierkungen op déi lëtzebuergesch Industrie? Zu dem Thema huet den Deputéierten André Bauler e puer Froen un de Wirtschaftsminister gestallt.

Question

Monsieur le Président,

Par la présente, j’ai l’honneur de vous informer que, conformément à l’article 83 de notre Règlement interne, je souhaite poser la question parlementaire suivante à Monsieur le Ministre de l’Économie  concernant le recul de l’industrie allemande:

« Les médias viennent d’annoncer que l’industrie allemande se voit confrontée à un net recul de ses exportations depuis juin 2019 - en particulier en direction des pays outre-mer - si bien que d’aucuns évoquent le risque d’une stagnation voire d’une récession. Il va sans dire que cette régression des ventes de produits industriels à l’étranger touche également notre propre économie.

Voilà pourquoi j’aimerais poser les questions suivantes à Monsieur le Ministre de l’Économie:

  • Quelles sont les principales raisons qui expliquent la baisse des exportations de l’industrie allemande?
  • Dans quelle mesure l’économie grand-ducale dépend-elle de l’industrie allemande? Quelles sont les branches domestiques les plus touchées par une baisse de la conjoncture dans ce secteur important de notre pays voisin?
  • Est-il déjà possible d’anticiper les conséquences éventuelles de ce recul pour l’industrie luxembourgeoise?»

Veuillez croire, Monsieur le Président, en l’expression de ma très haute considération.

André BAULER
Député

Réponse de M. le Vice-Premier ministre, ministre de l’Economie, Etienne Schneider, à la question parlementaire nr 1069 du 16 août 2019 de M. le député André Bauler

  1. Les raisons qui expliquent la baisse des exportations de l'industrie allemande sont de plusieurs natures. Parmi les plus fréquemment relevées, les tensions commerciales mondiales – et l'escalade des mesures protectionnistes entre les Etats-Unis et la Chine en particulier – sont en première ligne. Celles-ci désorganisent les chaînes de production mondiales, font baisser les échanges de marchandises et participent au ralentissement de l'économie mondiale. L'Allemagne voit ainsi le volume de ses exportations vers la Chine diminuer dans les domaines de la chimie, des biens manufacturés et du matériel de transport et équipement. L'industrie allemande souffre davantage que les autres pays d'Europe de cette guerre commerciale. Ce qui a fait son succès au cours des dernières années, à savoir son orientation plus marquée vers les pays émergents (dont la Chine), se retourne en quelque sorte contre elle aujourd'hui.

Le secteur de l'industrie automobile allemande est particulièrement touché. Il pâtit en outre d'une conjonction délétère de plusieurs éléments indépendants du cycle économique mondial: le passage aux nouvelles normes européennes d'émission, une transition difficile vers les modèles électriques ou encore les faibles niveaux du Rhin qui ont entraîné des problèmes d'acheminement. Sur l'ensemble du 1er semestre 2019, la production industrielle allemande s'est repliée d'environ 4% sur un an, la moitié de cette baisse relevant directement de l'industrie automobile.

  1. L'Allemagne est le premier partenaire du Luxembourg en termes d'échanges de biens et service. Au niveau des exportations luxembourgeoises, la part de marché de l'Allemagne est de l'ordre de 20% pour l'ensemble des biens et services (28% pour les biens, 19% pour les services). Ces parts sont globalement identiques en termes d'importations et n'ont que peu fluctué au cours des dernières années.

Les biens exportés du Luxembourg vers l'Allemagne ont un fort contenu industriel (à la fois du point de vue de leur origine et de leur utilisation finale). En 2018, ils étaient principalement composés pour un quart environ de métaux ou produits métalliques, pour 15% de matières ou produits en plastique et en caoutchouc et pour 15% également de machines et appareils (là encore, cette composition n'a que peu changé au cours des années récentes).

Comme déjà mentionné, le domaine de l'industrie allemande le plus affecté par le repli de la production sur la 1e moitié de 2019 est celui de la construction automobile. On observe néanmoins aussi un recul de la production dans l'industrie pharmaceutique et la fabrication d'équipements électriques.

  1. Le fait que l'industrie automobile allemande soit particulièrement affectée laisse en premier lieu craindre des répercussions sur les entreprises luxembourgeoises qui produisent des biens intermédiaires lui étant habituellement destinés.

Le repli de la production automobile allemande (20% de la production totale) peut également avoir des effets contagieux sur d'autres pans de l'industrie germanique, ce qui poserait des difficultés aux entreprises luxembourgeoises qui exportent vers l'industrie allemande en général.

L'une des craintes en termes de perspectives pour l'économie allemande, c'est que la mauvaise conjoncture de l'industrie – qui représente 25% du PIB allemand – fasse tache d'huile sur les activités de services (dont certains sont prestés pour l'industrie). Les enquêtes de conjoncture allemandes montrent depuis le début de 2019 une baisse très prononcée de la confiance des industriels. Mais plus récemment – en juillet et août 2019 – la confiance des services non financiers s'est également repliée de manière assez inquiétante[1]. Une dégradation de l'économie allemande de nature plus généralisée, et non seulement cantonnée au domaine industriel, pourrait alors avoir des répercussions sur les exportations de services luxembourgeois vers l'Allemagne.

Enfin, de manière encore plus indirecte, étant donné que l'Allemagne est la première économie de la zone euro, son ralentissement fait craindre des retombées négatives sur l'ensemble de ses partenaires économiques européens (qui sont aussi des partenaires du Luxembourg).

Sur l'ensemble des six premiers mois de 2019, les exportations de biens du Luxembourg vers l'Allemagne affichent une baisse en valeur de 1.8% (après une hausse de 1.0% en 2018, et de 7.2% en 2017). Cette baisse concerne principalement les produits de la métallurgie (notamment sidérurgie et métaux non ferreux), l'outillage et les machines d'usage spécifique.

 

[1] Les indicateurs de confiance évoqués ici sont ceux qui sont calculés par la Commission européenne. (DG ECFIN)

 

 


André Bauler