À l’occasion de l’ouverture de la Tripartite, les partenaires sociaux se sont réunis cette semaine à Senningen. Cet instrument de gestion de crise porte l’empreinte du Parti démocratique, comme le montre un regard dans les livres d’histoire.
Crise pétrolière met fin à l’essor économique
Après le grand choc pétrolier de 1973, l’économie mondiale entre dans une période de turbulences. Le secteur sidérurgique s’effondre lui aussi ; pour la seule année 1975, la production recule de plus d’un quart. Une tendance qui se poursuit par la suite. L’Arbed, qui compte alors parmi les plus grands producteurs mondiaux d’acier, n’est pas seulement touchée par une crise conjoncturelle, mais aussi par une crise structurelle. L’économie luxembourgeoise en ressent fortement les conséquences. La longue période de croissance économique engagée après la Seconde Guerre mondiale prend fin.
Jusqu’à la fin des années 1960, l’entreprise est le moteur de l’économie luxembourgeoise, apportant une contribution majeure au budget de l’État et à l’emploi. Au sommet de son histoire, l’Arbed réalise un quart du produit national brut et emploie environ 20 pour cent des actifs du pays. L’entreprise restera le premier employeur du Luxembourg jusque dans le nouveau millénaire. L’année dernière, ArcelorMittal n’était toutefois plus que le huitième employeur du pays.
Contre-mesures pour sauver l’Arbed
Au début des années 1970, la pression syndicale est forte. Le 9 octobre 1973, le LAV (Lëtzebuerger Aarbechterverband), prédécesseur de l’OGBL, mobilise quelque 40 000 personnes. Il s’agit, à ce jour, de la plus grande manifestation jamais organisée au Luxembourg.
En 1978 et 1979, l’Arbed se consolide à un niveau plus bas. Le gouvernement Thorn-Vouel/Berg soutient l’entreprise au moyen de la loi du 26 juillet 1975, afin d’éviter des licenciements conjoncturels. Le Premier ministre Gaston Thorn parle d’une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle.
En octobre de la même année, le Conseil de conjoncture est créé. Il réunit le gouvernement, le patronat et les syndicats. Ce comité a pour mission de suivre l’évolution du marché du travail et de décider de mesures destinées à soutenir les entreprises en difficulté.
En décembre 1976, une conférence tripartite décide la création de la DAC (Division Anti-Crise). L’État reprend des milliers de salariés de l’Arbed afin qu’ils puissent effectuer des travaux au sein même de l’entreprise, mais aussi dans l’intérêt national ; il s’agit de salariés qui, autrement, auraient été confrontés au chômage. Le gouvernement introduit l’impôt de solidarité afin de financer ces travaux d’utilité publique.

Voici une entrevue entre le Premier ministre Gaston Thorn et Benny Berg, vice-Premier ministre ainsi que ministre du Travail et des Affaires sociales, avec des représentants du LAV de l’époque (Lëtzebuerger Aarbechterverband, prédécesseur de l’OGBL). Au centre, le secrétaire général du LAV, John Castegnaro ; à droite, le vice-président René Hengel.
Naissance de la Tripartite
Par la loi du 24 décembre 1977, le gouvernement DP-LSAP officialise le Comité de coordination tripartite, qui se réunit encore aujourd’hui en temps de crise. La loi instaure également la préretraite obligatoire à 57 ans pour les salariés de la sidérurgie. Les personnes qui quittent volontairement l’Arbed ou changent de secteur bénéficient d’un soutien financier.
La Tripartite fait ses preuves pendant la crise sidérurgique et est, au fil des années, étendue à l’ensemble de l’économie. Aujourd’hui, ce modèle est également activé face à de grands défis économiques et sociaux, tels que l’inflation, le chômage, l’indexation des salaires ou le statut unique. Elle a ainsi longtemps été garante de la paix sociale et du modèle luxembourgeois. De nombreux problèmes ont pu être résolus sans tensions sociales excessives.
Même si la Tripartite a perdu de son influence depuis le milieu des années 2000, les accords communs entre les trois parties étant devenus plus rares, elle reste un atout important du modèle luxembourgeois : un dialogue social que le DP soutient clairement et fermement. L’ancien Premier ministre et actuel ministre des Affaires étrangères Xavier Bettel, en particulier, a régulièrement su, grâce à son sens diplomatique, réunir les partenaires sociaux autour d’une même table, permettant ainsi au dialogue de perdurer.



