Carole Hartmann

La lutte pour les droits des femmes doit continuer

Chers auditrices,

Chers auditeurs,

Souvent, on ne se rend compte de ce qu’on a seulement après l’avoir perdu.

Mais, il peut aussi arriver que quelque chose soit enlevé à quelqu’un d’autre pour qu’on se rend compte de la valeur de sa propre situation.

C’est ce qu’ont dû ressentir des millions de femmes à travers le monde lorsqu’elles ont appris que la Cour suprême des États-Unis avait abrogé le droit des femmes américaines à l’avortement. Ou plutôt, que cela dépendait de l’État américain dans lequel elles vivaient. Après un demi-siècle, les femmes américaines se voient ainsi refuser le droit de décider de leur corps. De décider si elles estiment qu’il est bon ou non de mettre un enfant au monde à un moment donné.

Cette décision n’entraînera pas une diminution du nombre des interruptions volontaire de grossesse (IVG) en Amérique. Mais, les femmes qui n’ont pas les moyens de se rendre dans un État où l’avortement est autorisé n’auront désormais seulement la possibilité d’une intervention illégale et dangereuse si elles ne veulent pas d’enfant. Ainsi, comme souvent, ce sont les femmes les moins fortunées qui souffrent le plus de la décision de la Cour suprême des États-Unis.

Sans parler des souffrances et des conséquences physiques des avortements clandestins chez les jeunes filles et les femmes.

Au Luxembourg, les gouvernements du Premier ministre libéral Gaston Thorn et surtout – 30 ans plus tard – du Premier ministre Xavier Bettel, ont veillé à mettre fin à cette mise sous tutelle des femmes.

Avec la réforme législative de 2014, les femmes luxembourgeoises ont enfin obtenu le plein droit sur leur corps.

Pendant les périodes entre les gouvernements dirigés par le DP, les femmes devaient d’abord consulter un médecin ou, plus tard, se soumettre à deux consultations. Depuis 2014, les femmes ont le droit de consulter un médecin, mais elles ne sont pas obligées. L’obligation de consultation est donc supprimée.

Nous devons continuer à garantir cela à l’avenir. C’est pourquoi, il me tenait particulièrement à cœur de présenter mardi dernier une résolution à la Chambre des députés, dans laquelle 56 des 60 députés ont finalement voté pour que la loi luxembourgeoise sur l’avortement ne puisse pas être modifiée.

Il est effrayant de voir avec quelle rapidité un droit durement acquis peut être renversé. Mais c’est aussi la preuve que l’engagement pour le droit à la vie privée et à l’autodétermination – et en particulier la lutte pour les droits des femmes – doit être poursuivi. Jour après jour.

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